INTERVIEW : Mehdi Marguillier nous parle de sa vision des Open Mic

Le 3 Mars est une date à retenir. C’est à l’Abracadabar que se tiendront les Open Mic organisés par Mehdi Marguillier. On salue fortement ce genre d’initiatives permettant aux jeunes talents de s’exprimer, on tenait donc à s’entretenir avec Mehdi et en savoir un peu plus !

Pour commencer, qui es-tu et quel est ton parcours ?
Oulah, vaste question… Je m’appelle Mehdi et je suis sur la fin de mon Master 2 en économie de la Culture et du Numérique à l’Université Panthéon Sorbonne. Pour mon parcours… Et bien je finis mes études cette année, donc on peut dire qu’il ne fait que commencer.

 T’as commencé à organiser des open mic en 2015, que s’est-il passé depuis ?
Oui avec un pote, on essayait de toucher un peu à tout à cette époque. Organisation de soirée en club, des expositions éphémères, des afterwork… Un jour, on a eu la possibilité d’organiser des petits événement au Bar Les Agités, tenus par Freddy et Sylvain, plutôt connus dans le monde de la nuit. On leur a proposé le format : Open Micro Rap en début de soirée puis soirée House/électro et ils ont acceptés de tenter l’expérience. Ca se passait très bien, mais le bar a changé de propriétaire du coup on a arrêté d’en faire. Aussi, moi j’avais pris une année de césure dans mes études pour me consacrer à l’évènementiel. Toute bonne chose a une fin, il fallait que je finisse mes études, d’où cette absence pendant plus de 3 ans.

Qu’est-ce qu’on va retrouver de plus ou de différent le 3 mars ?
Alors tout d’abord, cette fois-ci j’organise ça solo. C’est pourquoi après l’Open Micro, je propose une soirée DJ SET 100% Hip Hop orchestrée par mes amis du collectif Hood Wood. D’ailleurs, on ferme à 6h du matin, le format de l’événement est beaucoup plus large qu’auparavant. Ensuite, l’Abracadabar me permet d’ouvrir une vraie scène, ce qui n’était pas le cas aux Agités. Ainsi les performers pourront se confronter au public dans des conditions assez proches d’un showcase. Grosse nouveauté, mes potes du groupe “Sampling Jam” vont accompagner les rappeurs avec leurs instruments de 21h30 à 22h30. C’est la première fois que je mets ça en place et je pense que c’est un gros plus pour la soirée.Ca reste la première d’une longue série, on va essayer de monter en puissance au fur et à mesure.

Tu laisses place à des talents émergents, qu’est-ce que ça signifie pour toi ?
La question, c’est plutôt qu’est ce que je peux apporter dans le milieu ? Très clairement, j’ai rien à offrir à un Damso, un Nekfeu ou je ne sais qui… Par contre, les rappeurs amateurs (ou semi-pro) sont tous à la recherche de scène pour pouvoir s’exercer, se confronter à de nouveaux publics et se faire connaître. Bon ok, c’est pas les Open Mic qui manquent, notamment à Paris, mais pour avoir participé à pas mal de scènes ouvertes, j’ai vite compris que c’était majoritairement de l’entre-soi. Le public n’est composé que de rappeurs qui ne sont pas là pour s’écouter, mais pour se jeter sur le micro dès qu’ils le peuvent. Là, on essaye vraiment de ramener un public le plus large possible. Mon objectif c’est vraiment de créer un rendez-vous RAP, où on s’écoute et où on partage. En somme offrir aux talents émergents une scène où le public est bienveillant et où tout le monde peut prendre la parole sans avoir peur d’être critiqué.

Pourquoi le rap ?
Le Rap, c’était obligé sinon j’allais me faire insulter ! Haha. Non sans rire, depuis que je suis petit autour de moi ça freestyle dans des chambres, des voitures, dans la rue ou je ne sais où. Et pour être franc mon gros kiff sur les Open Mic, c’est de voir mes amis d’enfance monter sur scène aux côtés d’inconnus et casser la baraque ! Si je peux être celui
qui leur permet ça, et bien j’ai tout gagné. Donc pourquoi le rap ? Tout simplement pour me faire kiffer.

On compte des filles parmi les inscrits ?
Aie Aie Aie… Est-ce que le Rap est misogyne ? Bon sur la grosse 50aine d’artistes inscrits, je crois qu’on a seulement 3 filles… C’est dommage… Après on est pas à l’abri d’une bonne surprise. Mais franchement j’aimerai trop voir un gang de girlz se pointer et tout défoncer ! J’ai même contacté un webzine qui cherche à développer la place des femmes dans le rap, mais j’ai jamais eu de réponse de leur part. A l’avenir on aura peut-être une édition 100% féminine, je compte bien sur Wossup pour faire tourner le message : On veut des filles ! 😉

L’état d’esprit est cool et véhicule des valeurs de partage mais ça reste une compétition et un show. Est-ce que tu t’octroies un droit de regard sur les participants ?
Et bien non, zéro droit de regard ! Comme je l’ai dis auparavant, l’objectif c’est d’offrir un espace où tout le monde peut prendre la parole. Qui suis-je pour dire toi je te valide mais toi non ? Non non non, tout le monde a des choses à dire, à revendiquer, le rap c’est ça avant tout. Donc, il faudra s’y attendre, il y aura de tous les niveaux, tous les styles, et c’est ça qu’est bon.

On aura aussi le plaisir d’écouter Sampling Jam, un groupe de jazz qui accompagnera les artistes. C’est une volonté de ta part de mélanger les genres ?
Oui Sampling Jam nous fait le plaisir d’accompagner le projet. Ils font du Jazz mais aussi du Hip-Hop et de la Soul. Comme je l’ai dis, je suis un peu touche à tout et je pense que le Rap a cette vertue qui est de transcender les genres musicaux. On va clairement pas se limiter à la Trap ou au Gangsta Rap. C’est en croisant les genres et les sensibilités qu’on arrive à avancer, dans le rap et dans la vie de manière générale. Après la on part seulement sur 1 heure de show acoustique pour voir comment ça prend avec les rappeurs. Si c’est une réussite, on va développer cette partie à fond. Pour moi c’est vraiment le gros plus de ces Open Micro.

En ce moment là visibilité médiatique de la scène rap et de la musique urbaine en générale est critiquée. Qu’est-ce que tu en penses ?

Il y’a quand même eu tout un travail de fond accompli par les anciens… Je pense notamment à la Mafia K’1 fry, IAM, NTM … Même au cinéma, on a tous pris notre claque devant La Haine de Mathieu Kassovitz. Je pense que vraiment dans les années 90’ c’était chaud de se revendiquer Rappeurs, Graffeurs, DJ… T’étais pointé du doigt comme un voyou. Maintenant, le rap il s’écoute partout, dans toutes les classes sociales, toutes les classes d’âge. Tu vois par exemple Kery James monter une pièce de théâtre à succès. Pour le street art c’est pareil, il y a de grosses initiatives publiques qui sont mises en place. Je pense notamment dans le 13e arrondissement où le maire développe tout un musée à ciel ouvert. En prenant la ligne de métro 6, tu peux voir des tags géants sur les façades des bâtiments. Impensable il y a 10 ans. Dans tous les cas, le Rap et la culture Urbaine ne sont pas là pour plaire à tout le monde. Je pense qu’on oublie pas mal que tout cet art a pour objectif de faire remonter les souffrances et les revendications de toute une partie de la population très souvent laissée de côté. Ca choque, ça fait parlé, tant mieux, du moment qu’on l’entende !

On a vu par ailleurs des pétitions être signées pour retirer les victoires de la musiques remportées par Orelsan. Qu’est-ce que t’aurais envie de dire aux gens qui signent ?
Vous avez rien d’autres à faire de vos journées ?

Un petit mot pour donner aux sceptiques l’envie de venir le 3 Mars ?
C’est toujours dommage de rater le début d’une belle aventure… Et comme on dit : les absents ont toujours tort.

Qu’est-ce que signifie Wossup pour toi ?
Wesh ! Bien ou quoi ma p’tite gueule ?

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