Le 13 Octobre sortait le premier EP « Keygen » du collectif .dxf. Il était donc temps de nous entretenir avec eux. My friend Is et Keight qui composent ce trio, puisent leur force dans leurs différences et brillent par leur ouverture d’esprit.

Comment s’est faite votre rencontre ?

Keight : L’été dernier je cherchais des nouvelles collaborations pour finir mon premier EP du coup j’ai posté un truc sur insta et ils m’ont envoyé un dm. J’étais déjà familier avec leur travail en tant que My Friend Is parce qu’un de mes mentors (shout out Shkyd) avait produit leur dernier EP “PFR”.

 

Vous avez très vite commencé à travailler ensemble, comment ça s’est passé ?

MFI : C’était plutôt organique, on a partagé avec Keight des boucles et des mélodies de guitares, de synth, de piano et de voix. C’était intéressant de donner à un beatmaker ableton des samples d’instruments organiques pour certains vieux de 8 ans et d’autres créés sur l’instant pour lui. On se retrouvait à Belleville dans notre cave et on a passé des nuits à écouter et trafiquer des boucles. Assez rapidement des morceaux en sont sortis.

Qu’est-ce que vos différentes personnalités vous permettent de faire que vous n’auriez pas fait seul ?

Keight : Je pense que leur vision organique et mon approche plus électronique via la MAO (Musique Assisté par Ordinateur) a amener une collaboration très fusionnelle et ça a coulé tout seul depuis qu’on crée ensemble.

MFI :  Ce projet est basé sur une envie de s’ouvrir justement à des visions sonores différentes qu’on aurait pas eu en tant que duo de musiciens organiques. On a essayé de mélanger nos méthodes de musique live et acoustique avec la production de sons électroniques. A nous trois, on essaie de brasser des sonorités et des mélodies qui vont de la folk à la trap en passant par le métal. On crée en se basant sur nos historiques et culture musicale respectives à la recherche d’un beau mélange

 

On dit souvent qu’être trois ce n’est pas le chiffre idéal, vous en pensez quoi ?

Keight : C’est pas idéal quand tu veux faire du stop mais sinon je pense que ça dépend des dynamiques de chacun, ils avaient la leur et moi la mienne, qui est très ouverte au partage

MFI : Ma grand-mère disait la même : “à trois il y en a toujours un qui est la victime des deux autres”. Mais là ça nous donne plutôt une énergie pour rebondir sur la créativité de chacun.

 

Cette année, vous avez fait l’objet de beaux papiers dans la presse, comment vous l’avez vécu ?

MFI : Ça a fait plaisir de voir que notre intention était comprise, on a même été surpris parfois que les gens aient identifié nos influences pourtant assez éparpillées. La fabrication de l’EP a été chaotique et peut-être que ceux qui nous ont écouté ont eu plus de recul que nous-même sur notre musique 🙂

Certains qualifient votre musique de mélancolique et futuriste, vous êtes d’accord ? Pensez-vous avoir un pied dans le passé et un pied dans le futur ?

MFI : “Yesterday’s just a memory, tomorrow is never what it’s supposed to be”, c’est de Bob Dylan, et c’est aussi un sentiment assez pertinent quand on parle de notre musique. Comment imaginer le son du futur avec la teinte mélancolique d’un souvenir ? En s’inspirant d’un son assez virtuel à la base, tiré de nos ordinateurs, et en le rendant plus organique quand on y place nos voix et nos instruments.

Et le présent ?

MFI : C’est toujours maintenant, c’est le jeu auquel tu participes quand t’es réveillé. On souhaite quand même faire de notre mieux pour voir nos productions résonner avec les créatifs d’aujourd’hui. On bosse avec des gens qui se mettent la pression pour faire les choses ici et maintenant, pas quand nos enfants robots seront meilleurs que nous.

Vous avez fait la première partie de D.R.A.M de Rocky ou encore de 6lack, quels souvenirs vous gardez de ces expériences ?

Keight : Top bien, c’était des belles salles et pour moi c’était la première fois que je jouais un vrai live bien construit. J’ai pu m’essayer au chant et le fait de voir un public bien réagir à nos productions c’est super gratifiant, on est en face à face et c’est toujours un challenge d’amener les gens dans ta vision.

MFI : Les 3 expériences étaient ouf. On a était bien reçu a chaque fois et agréablement surpris de la bienveillance des gens. C’est pas toujours facile d’arriver et de jouer devant un public qui est littéralement là pour voir quelqu’un d’autre, surtout quand le mec attendu est 6LACK. C’est un public auquel on avait jamais eu accès dans nos configurations live précédentes donc c’était un peu de pression.

En Août 2017, soit un an après votre rencontre vous annoncez la sortie de votre premier EP avec « When the ship comes in » de Bob Dylan. Pourquoi avoir fait le choix d’une reprise ?

MFI : c’était une sorte d’hommage évident à nos inspirations folk et un statement à notre futur public pour dire que notre vision sonore s’étend vers différents horizons.

Et pourquoi ce titre en particulier ?

MFI : Je suis persuadé que c’est une des plus belle chanson du monde, qui en plus est une incroyable métaphore du changement. Le fameux bateau amène une nouvelle armée ou une nouvelle révolution, on ne sait pas très bien, mais les deux valent une célébration. De toute façon, le track représente bien que le monde regarde son avenir se réaliser avec la même fièvre.

Qu’est-ce que vous allez chercher dans des titres d’un genre aussi différent du vôtre ?

MFI : La poésie et le seum global de la musique contemporaine est en réalité très proche de la mélancolie de la folk des 60’ comme celle de Bob Dylan. L’émotion  et la brutalité d’une guitare sèche et d’une 808 ne sont pas inconciliables pour nous.

Vos textes sont en anglais, pourquoi ?

MFI : Vu nos inspirations, c’est probablement plus facile pour nous d’écrire en anglais.

Envisagez-vous de proposer des textes en français ou dans une autre langue ?

Keight : On travaille sur des morceaux en français, je travaille aussi sur mon chant et ma prononciation en anglais, on verra ce que ça donne.

Le 13 Novembre est sorti votre premier EP « Keygen ». Il s’inscrit dans cette idée de mélancolie. On connaît le spleen de Baudelaire mais le spleen .dxf, c’est quoi ?

MFI : Le spleen baudelairien est angoissé, ennuyé, il est pur noir de jais. C’est quand t’aurais même pas l’espoir de te retrouver bien solo que tu te sens spleené. Le spleen .dxf est une mélancolie moins pure, crypté, parce qu’on se réfère à un sentiment collectif et qu’on s’en joue : le changement constant qui te fait passer du ciel à l’enfer sans que t’aies le temps de te demander si t’as vraiment le spleen.   

 

 

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